Grenoble sans Pub – Utopie ?

Grenoble sans Pub – Utopie ?

« Un retour à l’âge de Pierre ». Cette métaphore est bien évidemment excessive, mais l’équipe Graphicstyle estime que la ville de Grenoble fait machine arrière avec sa décision de supprimer la « pub » des rues de la capitale iséroise.

Une suppression de la publicité, la première erreur. Avec le démantèlement de 326 panneaux d’affichage publicitaire dans les rues de la ville, nous pouvons difficilement parler de suppression de la publicité puisque l’entreprise JC Decaux conserve un « petit » millier de panneaux d’affichage sur le réseau d’abribus grenoblois.

Grenoble, la métropole

La ville de Grenoble a récemment appris son changement de statut, en étant requalifiée de « métropole ». En effet, la Métro (communauté d’agglomération Alpes-Métropole) franchira un nouveau cap au 1er Janvier 2015, car elle compte désormais 49 communes, dont 21 nouvelles et 440 000 habitants, dont 35 000 habitants nouveaux venus. Devenant ainsi la 11ème agglomération française en terme de population avec ce changement, l’objectif est d’accroître encore la coopération intercommunale et surtout de devenir une source d’attractivité et de localisation d’investissements. Une métropole qui permettra selon Michel Destot, l’ancien maire, « des politiques publiques déterminantes en matière d’attractivité, de croissance durable et solidaire et donc d’emploi pour nos concitoyens ».
Une question nous vient alors à l’esprit : comment réussir à être une ville économiquement attractive alors même que la nouvelle équipe municipale supprime un contrat avec l’entreprise JC Decaux ? Les entreprises qui voient ce recul de la part de la ville se sentent-elles attirées ? Bonne question…

D'autres possibilités ?

Ainsi, l’équipe Graphicstyle se demande pourquoi ce choix ? Il existait tellement d’autres possibilités qui s’offraient au maire grenoblois, et quitte à ne pas vouloir gagner de l’argent grâce à ces panneaux publicitaires, nous avons une idée simple : conserver ces 326 panneaux et mettre en place tout un projet.
Pourquoi ne pas faire bénéficier de ces panneaux à nos entreprises locales,  nos associations, notre culture ?! L’équipe municipale aurait pu envisager de réserver à tour de rôle un affichage de chaque entreprise de Grenoble, de chaque association, 1 ou 2 semaines par an sur une vingtaine de panneaux (ce qui permettrait à quelques 800 entreprises de communiquer sur ces affichages 1 semaine par an). L’impact sur nos entreprises locales aurait été très important et la ville y aurait gagné une économie plus forte, avec une augmentation des chiffres d’affaires, des créations d’emplois, des pouvoirs d’achat grandissant et donc plus de consommation.

D’après la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie) de Grenoble, en 2013, la ville n’a jamais connu aussi peu de créations d’entreprises avec une quatrième année de baisse et aussi un accroissement des défaillances d’entreprise. Voici le lien vers les chiffres détaillés de la CCI : à méditer
À noter également que l’utilisation actuelle de ces panneaux d’affichage est faite en grande partie par la ville de Grenoble (la moitié d’après le directeur marketing de JC Decaux) pour promouvoir le marché de Noël ou encore des spectacles locaux pour les fêtes. « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais » ?

La ville a les moyens de payer 50 % de ces affichages publicitaires, ne peut-elle pas créer un contrat avec JC Decaux pour avoir 100 % des panneaux et en faire bénéficier les commerces locaux ? Grenoble y gagnerait en boostant le tissu économique local. Par ailleurs, le « coup de pub » que la ville a cherché à faire serait encore plus fort car l’action serait réellement louable, éthique et avant-gardiste. 

Cette question nous amène à une question plus globale en terme de politique. Pourquoi l’état français n’intègre pas une « vraie » logique « d’investissement » pour nos entreprises ?  L’actualité avec la baisse de confiance envers notre système politique nous démontre qu’une grande partie de la population se pose la même question … 

La place des 326 panneaux

Nous comprenons que la publicité soit une pollution visuelle et intrusive pour de nombreuses personnes, mais 326 panneaux d’affichage dans une grande ville comme Grenoble (18,13 km²) ne nous semblent pas excessif, Cela le serait si nous parlions d’une ville de campagne, où l’on cherche à s’évader, se balader, profiter de la nature. Or, Grenoble est la 11ème agglomération de France, et son but est d’avoir une économie viable pour que chacun puisse vivre correctement sur le long terme.
C’est pourquoi nous estimons que de l’affichage publicitaire à Grenoble n’est pas intrusif, il fait simplement partie du fonctionnement de l’économie. C’est aller à l’encontre de l’évolution que de supprimer tous ces panneaux. Limiter leur développement, cela nous parait normal et nécessaire, mais pas les supprimer. Et quel manque à gagner pour le grand nombre de petites agences de communication à Grenoble, qui font partie des PME et TPE, et non pas des grands groupes que cette mesure vise.

Être citoyen de Grenoble

N’oublions pas non plus que Grenoble fait partie des villes au plus fort taux d’imposition. Selon l’UNPI (Union Nationale de la Propriété Immobilière), notre belle ville iséroise occupe tout de même la troisième place en matière de taxe foncière, avec un taux d’imposition de 54% en 2013. En comparaison, le département de la Savoie a un taux de 11,03%, parmi les plus bas de France (voir la source ici).
Comment la ville peut-elle renoncer à des fonds dont elle a grandement besoin, étant donné son endettement (en 2013, chaque habitant était endetté à hauteur de 2681€ et paie chaque année  886€ d’impôts locaux) ? Il serait peut-être temps de permettre aux grenoblois de sortir la tête de l’eau.

Si la ville de Grenoble ne veut pas des 645 000 € que lui a rapporté le contrat avec JC Decaux en 2013, pourquoi ne pas les distribuer aux entreprises locales qui en ont grandement besoin ? Bien évidemment, ce serait difficile à mettre en place et tout le monde ne pourrait pas en bénéficier, mais nous voulions souligner un point important : l’avenir économique de Grenoble est prioritaire à la suppression de quelques 326 panneaux qui feraient tâche dans le milieu urbain. Nous sommes en revanche à l’écoute des nombreuses propositions que pourrait faire la nouvelle municipalité.

Nos inquiétudes

Ne vous méprenez pas, nous ne cherchons pas à « casser du sucre » sur le dos de la nouvelle mairie de notre belle capitale des Alpes, loin de là. Nous sommes juste dans une incompréhension totale de cette décision, qui soulève toujours plus de questions. D’un point de vue écologique, quel est l’impact de la suppression de ces 326 panneaux qui ne seront remplacés que par 30 ou 50 arbres ? Quel est le coût écologique des machines qui vont servir à enlever les panneaux et de celles qui vont servir à planter les arbres et à installer les nouveaux lieux d’affichage « libre » ?

D’un point de vue économique, au-delà des 645 000 € que ne recevra pas la ville de la part de JC Decaux, quels sont les coûts pour l’étude qui a permis de prendre cette décision, pour la suppression des panneaux, pour l’installation des arbres et des nouveaux affichages libres, pour la rémunération des agents municipaux qui feront tout ce travail ? Nous avons peur que le coût ne soit pas de 645 000 € mais largement plus, (bien évidemment, aucun chiffre n’a pu être publié, puisqu’aucune des dépenses citées n’a été dévoilée …).

Revient alors la problématique des PME et TPE locales… Il y avait mieux à faire que cette décision, qui est purement politique, et non pas dans l’intérêt de nos entreprises, qui font vivre notre économie. Quel dommage d’être obligé de supprimer quelque chose pour créer autre chose, il est tellement plus agréable de simplement créer ou réutiliser autrement. Et quel mensonge que de justifier ce choix de supprimer la publicité par un aspect écologique, car 50 arbres ne compenseront certainement jamais les émissions polluantes nécessaires pour enlever les panneaux, les détruire, planter les arbres et installer les nouveaux lieux d’affichage libre. Si la municipalité veut planter des arbres, elle peut le faire quand elle le veut, il est inutile de supprimer des panneaux pour le faire !

Notre point de vue

Au-delà de nos remarques, constatations, questions, il faut tout de même saluer cette initiative qui a permis un bon coup de « pub » pour la ville de Grenoble. Nous savons que l’objectif de cette décision était louable, mais nous pensons simplement qu’elle n’est pas judicieuse, bien que cela n’engage que notre équipe.

Selon le Figaro, les petits commerces font partie des gagnants de ce projet. La mairie estime qu’en réduisant la visibilité publicitaire des grands groupes, elle pourra accroître celle des petits commerces encore présents dans le centre urbain.
Nous ne sommes pas convaincus, car les grands groupes ont bien d’autres possibilités pour conforter ou même augmenter leur visibilité (marketing direct, distribution d’échantillons, campagne SMS…). D’autre part il faudrait nous expliquer comment les petits commerces pourraient avoir plus de visibilité en supprimant des espaces publicitaires pour lesquelles ils bénéficient d’un retour direct. En effet, certains petits commerces utilisent les panneaux concernés par la suppression comme espaces publicitaires, d’autres bénéficiaient des campagnes publicitaires de grandes marques. Et oui un petit commerce, c’est aussi une entreprise qui est revendeur de grandes marques, c’est aussi un franchisé ou labellisé et tout simplement un commerçant qui a besoin des grands groupes pour fonctionner. Nous pensons donc que les grands groupes ne sont pas « la bête noir » des petits commerces mais que dans certains cas ils permettent aux petits commerces de répondre à la demande.

En tant que professionnels de la communication, cette décision de réduire les possibilités d’affichages à Grenoble va à l’encontre d’un des objectifs, qui est de favoriser la créativité et l’expression. En effet, plus les possibilités d’affichage grand format sont réduites, moins les possibilités d’expression sont possibles.

Enfin, la ville a prévue d’installer des nouveaux petits panneaux destinés à l’affichage libres réservés à l’information municipale, la culture et l’expression diverse dans des lieux clés. Nous trouvons que ces types de panneaux avec des affiches superposées, mal collées et déchirées sont une réelle source de pollution visuelle. De l’affichage libre et gratuit, nous disons « OUI » mais il faudrait proposer des supports permettant une réelle mise en valeur. Aussi, pourquoi ne pas confier cette promotion gratuite à des entreprises de réinsertion plutôt que de les payer pour l’entretien de ces panneaux comme la ville la prévue ? (distribution, affichage mobile, prospection physique …)

N’hésitez pas à nous faire part de vos opinions quant à la démarche de la ville de Grenoble, car nous sommes à l’écoute et tous les avis sont bons à entendre. Plus « pour » ou plus « contre » à vos yeux ? Pour nous, le « contre » l’emporte, vous l’aurez sûrement compris. Cependant, nous n’avons pas la prétention de tout savoir, donc nous espérons nous tromper et que la suppression de ces panneaux d’affichage sera bénéfique pour tous. L’avenir nous le dira, et nous souhaitons que les innombrables panneaux « à louer », « à vendre » qui ornent notre belle ville disparaîtront, car ces derniers constituent, eux, une réelle pollution visuelle, qui traduit le malaise économique de Grenoble (avec des centaines de milliers de mètres carrés de locaux commerciaux vacants…).

Nous souhaiterions que la mairie de Grenoble renouvelle son contrat avec JC Decaux et réserve l’ensemble de ces 326 panneaux pour augmenter la visibilité de tous les moteurs de la ville, c’est-à-dire les PME et TPE, les associations, les arts et la culture, et la municipalité également. À ce moment-là, la mairie « verte » ferait un grand pas en avant, et Grenoble serait d’autant plus belle et d’autant plus agréable à vivre.

Graphicstyle loves Grenoble !

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